Travailler à l'étranger nous a obligés à tout revérifier, même ce qu'on savait par cœur
- Service technique
- 16 juin
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Sur un chantier au Maroc, on connaît nos repères par cœur : la norme NF C 15-100 pour l'électricité, les fournisseurs qui livrent en 48 heures, les artisans qu'on a déjà testés sur dix projets. Le jour où on a commencé un projet hors de nos frontières, on s'est rendu compte qu'on ne pouvait quasiment rien reprendre tel quel.
La première surprise a été réglementaire. Le pays où on travaillait suivait des normes électriques et thermiques différentes des nôtres, avec des exigences de sécurité incendie qu'on a dû étudier ligne par ligne avant de dessiner le premier schéma unifilaire. Ce qu'on aurait fait les yeux fermés à Casablanca, on l'a refait depuis zéro, avec le bureau d'études qui a passé une semaine entière à comparer les textes avant de valider le moindre plan.
La logistique, pas la technique, qui fait perdre le plus de temps
Ensuite est venue la vraie difficulté : pas la technique, la logistique. Un tableau électrique commandé chez un fournisseur habituel, qui aurait mis trois jours à Casablanca, a mis trois semaines à arriver, le temps de passer les douanes. On a appris à commander beaucoup plus tôt que nécessaire, à toujours avoir un plan B chez un fournisseur local, et à ne jamais promettre une date de livraison avant d'avoir confirmé que le matériel critique était physiquement dans le pays.
Le décalage horaire a aussi changé notre façon de travailler. Les réunions de coordination entre notre bureau d'études à Casablanca et l'équipe sur place se faisaient souvent en fin de journée pour tout le monde, ce qui n'est jamais l'heure où on prend les meilleures décisions. On a fini par imposer une règle simple : aucune décision technique importante n'est validée après 18h, on attend le lendemain matin, frais, plutôt que de trancher fatigué.
Ce que ce chantier nous a vraiment appris, ce n'est pas une nouvelle norme ou une nouvelle façon de calculer une charge thermique. C'est qu'aucune habitude, même la mieux rodée, ne doit être considérée comme acquise une fois qu'on change de pays. Et paradoxalement, c'est ce qui nous a rendus meilleurs même sur nos chantiers marocains : on revérifie davantage, on suppose moins.


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